Les radiodiffuseurs changent de poste en milieu d’émission
Cet article par Angelo Persichilli a été publié dans le Toronto Star le 29 novembre:
Il y a quelques années, une licence de radiodiffusion était considérée comme une machine à imprimer de l’argent. Les mêmes radiodiffuseurs supplient maintenant le CRTC pour pouvoir nous soutirer plus d’argent sans rien nous donner en retour.
Dans le passé, ils ont fait pression auprès du CRTC pour éviter l’octroi de nouvelles licences dans le bloc de canaux principal. Les nouveaux radiodiffuseurs étaient relégués au bout de la sélection à titre de canaux spécialisés 1 ou 2 (les premiers à distribution obligatoire et les deuxièmes à distribution facultative, mais, dans les deux cas, il fallait payer pour les obtenir).
Pour protéger les radiodiffuseurs traditionnels, les nouveaux canaux avaient une pénétration de marché réduite. Ils étaient offerts uniquement sur le câble, parfois sans garantie de distribution, et avaient moins de temps d’antenne pour la publicité étant donné que les téléspectateurs devaient payer des frais. Les exploitants de ces canaux devaient déployer beaucoup d’effort pour attirer les téléspectateurs en inventant et en vendant de nouvelles émissions. La seule consolation était l’abonnement que nous, téléspectateurs, devions payer pour protéger le quasi-monopole des radiodiffuseurs traditionnels sur la publicité.
Ce sont les règles que les radiodiffuseurs ont réussi à faire approuver par le CRTC. Mais maintenant, ils veulent les changer. Voyons pourquoi.
Le monde de la radiodiffusion évoluait rapidement et presque tous les acteurs – les nouveaux radiodiffuseurs pionniers, les câblodistributeurs et, bien sûr, les téléspectateurs – se sont ajustés à cette nouvelle réalité. Le seul groupe qui n’a pas vu venir ces changements est l’« élite » de la radiodiffusion canadienne, principalement CTV et Global. Ils ont cru qu’ils étaient invincibles, que les téléspectateurs continueraient à regarder leurs émissions, peu importe les circonstances, et ils n’ont pas vu que le monde et la technologie évoluaient rapidement.
Ils croyaient que ces changements ne touchaient que les autres médias, comme les journaux et la radio. En fait, ces secteurs ont commencé à faire face à la nouvelle réalité il y a longtemps. Ils luttent toujours et, dans certains cas, avec un certain succès, sans quémander l’aide de qui que ce soit.
Les distributeurs de signaux, soit les entreprises de télévision par câble et par satellite, ont aussi pris part à cette profonde transformation. Ils savaient que la technologie numérique allait remplacer la technologie analogique et que la diffusion hertzienne devenait désuète. Ils savaient aussi que les attentes des téléspectateurs en matière de contenu et de qualité de diffusion changeaient et qu’ils se tournaient vers de nouveaux canaux spécialisés.
Les radiodiffuseurs traditionnels ne comprenaient toujours pas. Tout ce qu’ils ont fait, c’est se lancer avec frénésie dans l’acquisition de la plupart des canaux spécialisés qu’ils avaient tenté de bloquer pendant des années et qui représentent maintenant la part la plus rentable de leurs activités, sinon la seule. Ils n’ont pas investi dans l’industrie canadienne du divertissement et se sont tournés vers le marché américain (nous parlons la même langue, après tout). Ils ont plutôt importé davantage d’émissions américaines.
Puis, Internet est arrivé et a frappé l’élite nonchalante comme un tsunami.
Les radiodiffuseurs traditionnels ont maintenant peur et retournent supplier le CRTC en se plaignant qu’ils ont moins de téléspectateurs et qu’ils font moins d’argent que leurs canaux spécialisés. Ils demandent encore une protection, comme ils l’ont fait il y a 30 ans. Cette fois-ci, en plus, ils ne promettent rien en retour. Ils veulent aussi plus de souplesse dans la diffusion des émissions américaines sans être liés par la diffusion simultanée – et, en passant, oublions la numérisation de notre système et conservons l’ancienne technologie jusqu’en 2013. Bienvenue dans le passé et, pendant qu’on y est, à l’avenir donnez-nous plus d’argent.
Cependant, est-ce que les radiodiffuseurs ont des ennuis financiers parce que leurs émissions sont diffusées gratuitement par les entreprises de télévision par câble et par satellite? En fait, la distribution gratuite de leurs émissions par câble ou par satellite accroît leur pénétration du marché. N’est-ce pas le modèle dont ils font la promotion depuis 30 ans qui a forcé les téléspectateurs à payer pour obtenir des canaux spécialisés? De plus, si nous ne regardons pas les réseaux maintenant qu’ils sont gratuits, pourquoi les regarderions-nous une fois ceux-ci devenus payants?
Ils font valoir que la radiodiffusion a changé et qu’ils veulent prendre part à ce changement. Je n’y crois pas. Dans leur requête, il n’y a pas de nouveau plan de radiodiffusion pour mieux exploiter la nouvelle technologie en faisant la promotion de la créativité canadienne, de nouvelles idées de programmation ou d’avantages pour les consommateurs. Ils veulent tirer de l’argent de la nouvelle technologie pour défendre un vieux modèle qui ne fonctionne plus.
Leur requête ne concerne que les profits de leurs actionnaires aux dépens des consommateurs.






